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Du côté de ma Drôme

"Animal" ou le combat de nos enfants

Le réalisateur Cyril Dion à la présentation en avant-première de son film "Animal" au Palais des Congrès de Montélimar, le 28 septembre dernier, dans le cadre du festival "De l'écrit à l'écran". (Photos Du côté de ma Drôme)
Le réalisateur Cyril Dion à la présentation en avant-première de son film "Animal" au Palais des Congrès de Montélimar, le 28 septembre dernier, dans le cadre du festival "De l'écrit à l'écran". (Photos Du côté de ma Drôme)

Le réalisateur Cyril Dion à la présentation en avant-première de son film "Animal" au Palais des Congrès de Montélimar, le 28 septembre dernier, dans le cadre du festival "De l'écrit à l'écran". (Photos Du côté de ma Drôme)

C'est une belle soirée de réflexion collective que nous a proposé le festival de Montélimar "De l'écrit à l'écran", en programmant la projection en avant-première du film de Cyril Dion, Animal. Une soirée comme je les aime, parce qu'elle secoue, elle émeut, elle fait sourire, parfois pleurer (souvent en ce qui me concerne!), et remet quelques pendules à l'heure dans nos consciences régulièrement endormies par notre quotidien, par notre pallier de porte. Dans ce documentaire qui arrive six ans après Demain, le film réalisé avec Mélanie Laurent, Cyril Dion part cette fois-ci avec deux adolescents de 16 ans, l'anglaise Bella Lack et le français Vipulan Puvaneswaran. Ils ont en commun un engagement fort en faveur de l'environnement, un militantisme très ancré, et une foule de questions et de doutes sur leur avenir et celui de la planète, si étroitement liés. 

Avec eux, à travers eux, à travers le regard, bleu de Bella et brun de Vipulan, à travers leurs interrogations, à travers leurs différences, leur sensibilité, leur humour, Cyril Dion aborde le sujet grave de la destruction accélérée du vivant, appelée par les scientifiques la sixième extinction de masse des espèces. 

©CAPA Studio_Bright Bright Bright_UGC Images_Orange Studio_France 2 Cinéma_202

"Chaque génération a son combat, voici le nôtre"

Et c'est un lourd combat, une grosse responsabilité, qui pèse sur les épaules de Bella et de Vipulan, et tous leurs copains du monde entier. Car il faut bien l'admettre, nous, on s'en est un peu (beaucoup) moqué des conséquences de notre mode de vie et de notre consommation sur la planète et les autres espèces. 

Mais le constat est là. En 2020, sur les 128 918 espèces étudiées par l'UINC (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), un peu plus d'un quart sont classées menacées. Parmi elles, une grande partie est en danger d'extinction au niveau mondial. Et la France est dans les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d'espèces menacées. 1683 espèces menacées au niveau mondial sont présentes sur notre territoire. 

Avec Cyril Dion, Bella et Vipulan vont analyser les cinq raisons majeures de l'extinction des espèces : la destruction des habitats, la surexploitation des espèces, la pollution, les espèces invasives et le changement climatique. Ils vont rencontrer au quatre coins du monde, des Indes à la Normandie, du Costa Rica au Kenya, en passant par le Jura et le parlement européen, des personnes qui agissent. 

©CAPA Studio_Bright Bright Bright_UGC Images_Orange Studio_France 2 Cinéma_202

"Arrêter de parler et agir"

J'aime beaucoup cette phrase de Afroz Shaz, cet avocat qui ramasse les déchets sauvages sur la plage de Mumbai, que les adolescents vont rencontrer. Je le remercie aussi de me donner un argument pour expliquer cette action. Car tous les dimanches matins, avec une petite équipe d'habitants de ma commune, nous allons ramasser les déchets sauvages dans les quartiers et notre campagne. Comment ne pas se décourager de voir quelques heures après notre passage autant de détritus par terre? Sur sa plage indienne en ce jour de nettoyage, Afroz Shah répond : "Il y a des millions de gens qui jettent leurs déchets un peu partout mais très peu qui nettoient. Le but n'est pas simplement de nettoyer les plages, c'est de sauver d'autres espèces. C'est ça l'aspect crucial. Les gens pensent que nous ne faisons que collecter les déchets, mais nettoyer une plage, c'est bien plus que cela. Vous voyez ces jeunes étudiants? En les faisant venir, on les confronte à la pollution. Ils vont ramasser, certes, mais ensuite une fois rentrés à la maison, quelque chose va changer en eux, leur comportement va évoluer. Probablement, ils vont se poser la question : dois-je acheter ceci ou cela? Et si oui, comment ça se recycle? Et puis ces personnes voteront. Avec un peu de chance, elles éliront les politiciens qui pourront alors faire de bonnes lois. Et si ces lois sont votées, elles les appliqueront réellement car elles auront compris pourquoi elles sont nécessaires. C'est ça, mener par l'exemple, mener par l'action". Et il ajoute : "Ce monde ne peut pas changer simplement parce que nous voulons qu'il change. Il changera quand nous serons le changement nous-même. Chacun doit commencer son voyage, c'est aussi simple que cela. En tant qu'êtres humains, nous savons quel est le problème. Nos habitudes alimentaires créent un problème. Notre consommation crée un problème... alors réduisons, commençons maintenant. Avons-nous besoin d'une loi pour dire cela?". 

©CAPA Studio_Bright Bright Bright_UGC Images_Orange Studio_France 2 Cinéma_202

De la fourmi au colibri

"Sauver d'autres espèces". Animal pose la question de notre rôle mais aussi de notre place (l'un n'allant pas sans l'autre) dans cet écosystème au fragile équilibre, à l'heure où le mot d'écocide* s'est inscrit dans notre dictionnaire humain et juridique. Qu'est-ce qui fait que l'on se croit plus précieux qu'un loup, qu'un lapin (la rencontre entre les ados et ce gérant d'un élevage intensif de lapins est un des moments très forts du film), qu'un chimpanzé (quel parcours que celui de Jane Goodall!), ou qu'une fourmi moissonneuse (j'ignorais d'ailleurs à quel point elles étaient importantes. Sans elles, pas d'aération du sol ni de dispersement des graines de plantes) ou qu'une abeille qui assure la pollinisation de nos arbres fruitiers et de nos potagers ?

Chaque échange que vont avoir Bella et Vipulan est important et riche. Pour beaucoup d'entre nous ce soir-là dans la salle du Palais des Congrès de Montélimar, le film aura été une source de profonde réflexion, toujours inspirante. En attendant de le découvrir en salle le 1er décembre, je ne peux que vous inviter aussi à lire le livre dont sont extraites les citations utilisées ici. Il reprend l'intégralité des rencontres et Cyril Dion y explique sa démarche et son intention : pas de culpabilité mais de la lucidité et des choix. "Réveiller en chacun de nous l'élan de protéger la vie et le vivant" nous a-t-il dit dans l'échange qui a suivi la projection. 

"Etre agent de résistance et de création" a-t-il ajouté.

"Là maintenant, tout de suite, qu'est-ce que je fais?" a-t-il interrogé.

A chacun d'y apporter notre réponse. Faire sa part, chantait le colibri.

Merci Cyril, merci Bella, merci Vipulan.

G.V.

* écocide : "Toute action ayant causé un dommage écologique grave en participant au dépassement manifeste et non négligeable des limites planétaires, commise en connaissance des conséquences qui allaient en résulter et qui ne pouvaient être ignorées" (selon la Convention Citoyenne Pour le Climat). L'écocide est reconnu comme un délit depuis juin 2020. Selon la gravité des dommages commis, les contrevenants sont passibles d'amendes allant de 100 000 à 4,5 millions d'euros et de peines d'emprisonnement allant jusqu'à 10 ans. 

Animal, le livre, aux éditions Actes Sud, collection Domaine du Possible. (Photo Du Côté de ma Drôme)

Animal, le livre, aux éditions Actes Sud, collection Domaine du Possible. (Photo Du Côté de ma Drôme)

Si actuellement, nous parlons de sixième extinction de masse, c'est que le taux d'extintion est si élevé, qu'il se rapproche dangereusement de ce qui s'est passé lorsque les dinosaures se sont éteints. Il est 10 à 100 fois plus rapide que ce qui est considéré comme normal. Si nous continuons dans cette voie, dans trois siècles, nos descendants regarderont par leurs fenêtres et les trois quarts des espèces que nous connaissons ne seront plus là. La bonne nouvelle, c'est que nous ne les avons pas encore perdues. Nous avons gravement diminué le nombre d'individus dans les populations de milliers d'espèces, mais nous ne les avons pas épuisé au point qu'elles ne puissent pas se rétablir si nous décidons de les sauver. Nous pouvons encore freiner et éviter la catastrophe.

Anthony Barnosky, géologue, paléonthologue et biologiste.

***

Pour en savoir plus :

- Le site du film Animal > www.animal-lefilm.com

Un espace destiné aux enseignants est proposé avec des outils et des ressources pédagogiques pour organiser une projection en milieu scolaire. 

- Le site de Cyril Dion > www.cyrildion.com

- Le livre Animal est disponible chez Actes Sud, collection Domaine du Possible (créée il y a 10 ans par Cyril Dion, Jean-Paul Capitani et Marie Andrasch, pour "donner la parole à ceux qui cherchent des nouvelles voies, veulent résoudre les problèmes écologiques, sociaux, démocratiques, économiques" (Cyril Dion) > www.actes-sud.fr

- Le festival de Montélimar "De l'écrit à l'écran" > delecritalecran.com

- Le site de l'UICN Comité Français > uicn.fr

"Animal" ou le combat de nos enfants

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